Flash-back sur une vie de fumeuse

13 ans, tu te sens mal dans ta peau, tu viens de débarquer dans une nouvelle ville, un peu délaissée par les gens de ton école et comme tu veux trouver un moyen de te différencier et que l’on fasse un peu attention à toi, tu grilles alors ta première clope lors de vacances scolaires. Tu reviens au bahut, ton paquet de cigarettes en poche et tu t’en allumes une avant de rentrer en cours. Personne ne comprend ce qu’il t’arrive mais tu t’en fous, ça les intrigue.

15 ans, tu fumes pour de bon, c’est à dire que tu intoxiques parfaitement tes poumons. Les récrés te servent à courir aux chiottes des nanas pour t’en fumer une avec ta bande de copines un peu rebelles. A cette période, on te propose même de fumer d’autres trucs que du tabac. Bof, ça t’intéresse pas trop mais pourquoi mourir con après tout ?

16 ans, tu te fais choper en train de fumer par ta mère et c’est la crise de nerfs de bon matin. Affaire de famille enclenchée, toute la planète est au courant. Tu minimises l’histoire et puis le truc chiant au final, c’est que tu viens de te faire pomper ton paquet de clopes tout neuf. Fuck. Ta voix commence à muer. Drôle pour une nana. Au réveil, on croit entendre un mec. Jeanne Moreau, sors de ce corps.

17 ans, tu regrettes amèrement d’avoir fumé car après t’être fait arraché les dents de sagesse, tes cicatrices te font souffrir. Il paraît que c’est normal, mais putain qu’est-ce-que ça fait mal ! Tu as changé ta marque de clopes : t’es passée du chameau ou dromadaire, après tout on s’en tape, aux Marlbacs rouges. Oui, ça a toujours surpris les gens autour de toi. Une fille qui fume des rouges, c’est inhabituel.

18 ans, l’année du bac c’est l’enfer. Ta mère te met la pression pour que tu réussisses, prise de tête avec elle et pour couronner le tout, elle interfère dans ta vie privée. La clope c’est ton refuge, elle apaise tes colères et tes angoisses.

19 ans, tu es une jeune étudiante et c’est la fête tu fumes dans tout ton bâtiment. T’façon, t’as toujours été un peu rebelle à ce niveau mais tu veux quand même pas ennuyer les non-fumeurs. Tu fumes où tu veux, mais que si ça dérange pas les détracteurs de la clope. Tes journées sont ponctuées de pause-clope-café et de glandouille sur un banc vert rouillé.

20 ans, la meilleure des années mais pas pour tes poumons. Tu passes ton été à écumer les bars et les boites avec des amis, tu vis principalement la nuit et après 2-3 heures de sommeil tu optimises ta journée entre plage et virées en bagnole. Pour tenir le coup, tu carbures au café en journée et au champagne la nuit en fumant deux paquets et demi par jour. Tout le monde hallucine en te voyant entrer en boite avec tes deux paquets à la main. T’es vraiment une camée d’la clope. A la fin des vacances, tu craches tellement tes poumons durant le peu d’heures que tu consacres à dormir, que tu n’y arrives même plus.

21 ans, tu fréquentes un non-fumeur. Une occasion de s’arrêter de fumer ? Penses-tu ! Tu lui épargnes ta clope quand t’es avec, le reste du temps ça ne t’effleure même pas l’esprit.

23 ans, tu pars un long moment loin de chez toi et bizarrement, c’est pas dans ses moments là que tu fumes le plus. Même que les clopes sont moins chères et que ça ne te tente pas pour autant.

25 ans, les temps changent. Avant les établissements scolaires grouillaient de fumeurs, maintenant t’es entourée de non-fumeurs. Tu tombes malade un week-end d’hiver. Tu tousses tellement et tu respires tellement mal, que tu as peur de t’endormir. T’as peur de t’étouffer pendant ton sommeil et de mourir. Trois jours durant. La cigarette tu n’y penses même plus, sauf pour te dire que c’est hors de question que tu y touches. Au bout d’une semaine, tu notes ta performance et tu te dis que si tu tiens une semaine, tu peux tenir plus.

Le 24 Janvier 2010, je n’ai plus allumé une cigarette. Cela fait maintenant 1 an et 4 mois, sans compter les brouettes, que je ne fume plus. Je ne me considère même plus comme une fumeuse. Je me dis souvent que je m’allumerai une clope un jour. En fait, je peux le faire quand je veux, j’ai des cigarettes chez moi. Mais je ne le fais pas. Ça ne me traverse même pas l’esprit.

Tout mon mode de vie a été chamboulé : plus de pause-clope, plus de clope en allant bosser, ni après manger, ni en sortant du boulot etc.

Mes joies ? Dans moins de 4 ans, j’aurai des poumons de bébé. Je ne sens plus le tabac froid et pourtant pendant des mois,au début, je ne m’approchais pas des gens car je pensais qu’ils devaient être dégoûtés par l’odeur, sauf que je ne fumais plus… Je me sens moins essoufflée quand je grimpe des escaliers. Je ne vais plus détruire ni ma dentition, ni ma peau, ni mes ongles et ni mes cheveux.

Mes peines ? Les kilos que j’ai pris en développant une addiction au sucré qui ont pris le dessus sur ma joie d’avoir arrêté de fumer.

Comme m’a dit un jour mon médecin : « Vous ne vous rendez pas compte de l’exploit que vous avez accompli ? Vous avez arrêté de fumer ! ».

C’est vrai, je ne l’ai jamais pris sous cet angle.

 

Flash-back sur une vie de fumeuse
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22 thoughts on “Flash-back sur une vie de fumeuse

  1. Ouaouuu BRAVOOO!! Perso j’ai arrêté depuis 7 mois j’ai arrêté car Suparchéri à les bronches fragiles et pour Mini qui avait trop peur que je meure avec des poumons pourris..Résultat?Ma balance pleure et la clope me manque et vi j’aime mes clopes je ne fumais qu’une marque car j’aimais le gouts de CE tabac..J’ai tenté les bonbons les activités pour m’occuper, reprise du sport (je me suis flingué les genoux mdron est sportif ou..pas heinlol) C’est super schyso comme truc car je ne veux pas reprendre l’odeur me porte au coeur mais ça me manqueeuu. Voilou j’ai stoppé du jour au lendemain et pas de craquage.C’était mon ohh aller 10éme essai((o:

  2. J’ai commencé très tard, à 23 ans quand j’ai emménagé seule! Et comme je suis du genre à avoir besoin d’un truc pour me réconforter, j’suis vite devenue une GROSSE fumeuse! En 2003, je devais partir en vacances avec une copine qui ne supporte pas le tabac (son père est mrot d’un cancer du poumon) et j’étais déjà avec le doc qui me tannait pour arrêter. Ca m’a pris des semaines mais j’ai réussi!!! Bon, j’ai fumé des Fingers au chocolat pendant quelques temps mais mes poumons étaient ravis!
    Et puis, un mois après l’arrêt définitif, j’ai l’occas’ de tirer une taffe et là!!!!!! L’horreur!!!! Une envie de vomir d’enfer, la tête qui tourne….. Depuis je n’y ai JAMIAS retouché! Et s’il me vient une envie, le souvenir du dernier dégoût me sauve la mise!

  3. Je t’admire et j’admire celles et ceux qui ont arrêté en général! L’année dernière j’ai fait 3 semaines d’hosto et franchement fumer une clope était mon dernier soucis… puis 1 mois, puis 2! Ensuite mes angoisses se sont installées et petit à petit je me suis remise à fumer .Et je le regrette amèrement… parfois je me dis que c’était peut-être la seule chance que j’avais de m’arrêter complètement (oui j’ai zéro volonté)…ah non je mens il me restera encore un lueur d’espoir: la grossesse…là c’est sur que je stopperais pendant 9 mois mais après… ben j’en sais rien!
    En tout cas c’est une belle cochonnerie qui coûte un bras et une jambe et la santé!

    1. Pareil, je me disais que j’arrêterai une fois enceinte, que ce serait le déclic….
      Je pense qu’il faut un temps pour tout et je ne me considère pas non plus « guérie » car je sais que je peux reprendre à tout moment s’il me vient l’envie de retenter etc. C’est un travail de longue haleine !

    1. C’est marrant car à une dizaine d’années j’ai décidé d’arrêter de me ronger les ongles et ça a toujours marqué mon père qui disait que j’avais beaucoup de volonté. C’est un exemple qu’il rappelle très souvent.

  4. J’ai vécu exactement la même chose que vous… sauf que j’ai fumé pendant 31 ans (ça fait peur, non?) avant d’arrêter le 18 décembre 2010. Aucun manque et aucune envie de recommencer depuis. Par contre, j’ai encore ajouté 5 kilos à mon affreuse bedaine! Donc, je suis devenu une grosse baleine qui ne sent pas le cendrier, pas mieux pour draguer, grrrr!

    1. Rooooo mais non il ne faut pas dire ça !! Et puis 5 kilos, un peu de volonté (autant que pour la cigarette) et on les perd !
      Allez, je te souhaite bien du courage ! Et maintenant il faut me dire « tu » ! Bises

    1. Je vis mal mes kilos mais j’ai pas envie de reprendre, rien que parce que j’aurais trop honte de dire que j’ai pas réussi à stopper. A chaque fois je me répète ça. On se motive comme on peut. Courage !

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