Harcèlement, sexisme, drague lourdingue… et j’en passe !

[J’avais rédigé ce très long billet il y a plusieurs semaines (sans me douter qu’il y aurait autant de mouvement sur la toile quelques jours plus tard, ce qui est une bonne chose) et je trouve qu’il serait dommage de ne pas le publier. Il fera évidemment écho aux hashtags #balancetonporc et #metoo concernant les agressions sexuelles et le harcèlement que subissent les femmes dans leurs quotidiens… Voilà ce que j’écrivais à ce sujet en relatant mes propres expériences…]

Harcèlement sexisme drague lourdingue

Je me suis récemment remémoré des situations (plus ou moins) embarrassantes que j’avais vécues…  Dans les transports en commun, au boulot, dans la rue, en boite de nuit… j’ai essayé de les classer par ordre chronologique même si certaines dates restent un peu floues (sur une quinzaine d’années, ma mémoire peut flancher).

A 14 ans et demi, je suis avec des amies à une fête de village. Deux mecs amis d’un de mes ex petit copain souhaitent faire ma connaissance. Je me retrouve seule avec eux, on rigole de tout et de rien même si je ne comprends toujours pas ce qu’ils me veulent. Après de multiples sous-entendus, je comprends enfin qu’ils ont appris certaines choses à mon sujet (les mecs entre eux ont tendance à parler, beaucoup, et surtout à tort et à travers). En gros, ils me demandent de leur faire un petit plaisir avec mes mains (aux deux – tant qu’à faire – ou à celui de mon choix). Quand ils finissent par comprendre qu’ils n’auront rien du tout, leur technique a été de dire que j’étais une gamine (pour me vexer, me défier). J’ai préféré ne rien dire et les laisser partir.

A 16 ans, je descends en ville un samedi après-midi avec ma cousine de 15 ans. On se balade à pied tout en discutant pour rejoindre le centre commercial. La rue est bondée et un homme à l’âge indéterminé (entre 40 et 60 ans ?) se dirige vers moi, bras tendus. Comme il vient de ma droite, ma cousine à fond sur ce qu’elle me raconte, ne le remarque absolument pas. L’homme ne me dit pas un mot, il m’attrape en me ceinturant et me transporte quelques mètres plus loin. Sans crier, je réussis à me sortir de ses bras et cours rejoindre ma cousine qui me voit débarquer en panique. Par la suite on a décidé de toujours se tenir par le bras quand on sortait pour que cela ne se reproduise plus.

L’été de la même année, je sors en boite avec une amie. Au cours de la soirée, un de nos amis (légèrement plus âgé que nous – aux alentours de 19 ans) nous présente un ami à lui (plutôt 25 ans en revanche). Ce dernier me complimente lourdement sur ma poitrine et déclare même qu’elle serait une excellente berceuse car il adorerait s’endormir dessus.

A 19 ans (je crois), je sors en boite avec une amie pour retrouver sa sœur qui bosse derrière le bar. Au cours de la soirée, un type un peu éméché vient me parler et me coller un peu trop à mon goût. Je lui explique que je ne veux pas qu’il me colle, il me dit qu’il a compris. Il revient en passant son bras autour de mon cou, de ma taille etc. Je répète ce que j’ai dit précédemment et comme il me voit jeter des petits coups d’œil à mon amie derrière le comptoir, il me demande si c’est ma copine en rigolant. Ce à quoi je réponds par l’affirmative en précisant qu’elle était très jalouse.

A 20 ans, je bosse comme caissière durant mes études. Un des employés (d’au moins 15/20 ans mon aîné) passe à ma caisse avec un de ses collègues. Il me branche ouvertement devant clients et personnel de sécurité. Il parle de lui et moi, me demande de lui réserver la soirée et autres sous-entendus qui me gênent atrocement, surtout sur mon lieu de travail… Le lendemain, il repasse à ma caisse et comme il n’y a personne, il en profite pour me questionner après m’avoir glissé qu’il était divorcé avec enfants. J’ai bien insisté sur le fait que j’avais 20 ans et ai joué un peu la gamine bébête. Visiblement, ça l’a calmé je ne l’ai plus revu.

Toujours au même endroit, deux agents de sécurité ne m’ont pas lâchée pendant des mois (deux frères, à des périodes différentes). Dès que j’arrivais à mon poste, soit ils venaient me voir, soit ils appelaient sur ma ligne. TOUS les jours. Ils me demandaient mon numéro de téléphone, si j’étais disponible pour sortir boire un verre etc. L’un d’eux un matin où je suis arrivée de justesse à l’heure s’est même fait passer pour mon patron au téléphone pour me mettre la pression…

Été 2006, je prends le bateau pour passer mes vacances en Corse. Au moment les passagers sans véhicule (comme moi) se retrouvent au même endroit pour descendre, un des membres de l’équipage vient m’accoster devant les nombreuses personnes autour de moi. Je lui réponds que j’ai déjà quelqu’un (ce qui était vrai) et que je ne souhaitais pas « faire plus ample connaissance » . Mais comme je reste sympathique, malgré le refus, il persiste et insiste pour me donner son numéro de téléphone. J’ai dit non 4 ou 5 fois (un vrai non, ferme), il a fini par me l’écrire sur une serviette en papier et me l’a glissé dans la toute petite poche de ma jupe. Il ne me l’a pas tendu, il l’a inséré lui-même dans MA poche. J’ai été le dernier passager piéton à sortir du bateau car il ne me lâchait vraiment pas…

Été 2007, je commence à travailler en banque et je remarque que tous les jours un mec qui doit avoir mon âge ou à peine plus (la petite vingtaine) me regarde avec insistance quand il me croise le matin. Tous les midis je mange dans un restaurant un peu plus bas, seule ou avec une amie qui travaille dans le coin. Le type mange au même resto et ne me lâche jamais du regard. Je décide de ne plus y prêter attention, après tout je peux me tromper. Un jour, je mange avec mon amie qui doit prendre son poste plus tôt. J’ai 15 minutes à tuer avant de retourner bosser, je décide de checker mon tel. Soudain, une voix me surprend : le type se trouve devant moi et me demande s’il peut m’offrir un café. Je réponds gentiment que je viens de le boire et que je dois retourner bosser. Ce à quoi il répond : « il est 13h15, il me semble que tu reprends à 13h30 à la banque » . Tout en gardant mon calme, je lui dis qu’il a raison et je finis par accepter… en même temps, j’y étais carrément « contrainte » . Il s’assoit donc sans sourciller en face de moi et fait venir un serveur en me demandant ce que je souhaite : « eh bien, un café s’il vous plaît » . On nous amène nos cafés tandis qu’il essaie de me faire la conversation. Je me contente de réponses laconiques (sans vraiment le regarder) et ça ne semble pas le déranger puisqu’il me parle de lui. Je verse le sucre et quitte à me brûler, je descends ma tasse d’une traite. Je prends mon sac, me relève et lui adresse platement : « Merci pour le café, maintenant je dois retourner bosser. » . Je l’ai laissé en plan, totalement bouche bée. J’ai raconté ce qu’il venait de se passer à mes collègues de boulot qui m’ont interdit de sortir manger seule.

La même année, en Master, nous assistons au premier cours d’une nouvelle matière dans notre tronc commun. Le prof passe en revue chacun d’entre nous et s’arrêter particulièrement sur les profils atypiques : ceux qui n’ont rien à voir avec le multimédia. J’AI un profil atypique, je viens d’une filière littéraire et linguistique. Arrive mon tour, évidemment je m’attendais à certaines remarques mais pas toutes… « Tu peux m’expliquer comment tu as pu passer le recrutement ? » – « J’ai envoyé un CV et une lettre de motivation, comme tout le monde » – « J’imagine que tu avais mis ta photo sur le CV » (avec un sourire fier) – « Absolument, et j’ai été acceptée en première session » – « Tu parles italien, c’est génial tu pourrais m’accompagner sur les salons… » (toujours plein de sous-entendus) – « Non, je vous remercie » . J’ai précisé que cela se déroulait devant une trentaine de personnes ?

La même année, en fin de journée, je prends mon train et m’installe dans un wagon désertique, près de la sortie. Autrement dit, beaucoup de places libres ! Pourtant, un homme sorti du néant s’installe à côté de moi avec un magazine. Il a commencé à poser son bras quasiment sur le mien sur l’accoudoir, puis s’est rapproché en le remontant et en fermant son magazine. Il a fini par être complètement collé à moi, sans dire un seul mot. Je faisais comme si de rien n’était et m’efforçais de ne pas réagir. Quand je suis arrivée à 2 stations de celle où je descendais, je me suis levée brusquement en sortant mon téléphone (heureusement, j’étais juste à côté). Personne aux alentours, j’ai essayé de passer un coup de fil mais mon compagnon ne répondait pas. Il ne m’a pas suivie, je ne l’ai plus revu et j’ai décidé qu’en voyageant seule je devais éviter les wagons. Je me sentais carrément sale.

Dans un autre genre, je ne compte plus les « amis » qui avaient trop bu et venaient danser ou juste se coller derrière moi en se frottant allègrement. Je passe les détails… Ou encore ceux qui essayaient de m’embrasser et s’offusquaient que je repousse leurs avances (sachant qu’à aucun moment je n’ai montré une quelconque ouverture)…

BREF. En conclusion, et c’est pas franchement aisé de conclure après tout ça… toutes ces situations ont été extrêmement gênantes, stressantes et même effrayantes. Si j’ai su réagir de façon détachée et avec un certain sang-froid, c’est une réelle façade pour ne pas laisser entrevoir certaines émotions.

Harcèlement, sexisme, drague lourdingue… et j’en passe !
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2 thoughts on “Harcèlement, sexisme, drague lourdingue… et j’en passe !

  1. J’ai pas fait de listes de mon côté mais j’ai eu mon quota de situation ultra flippante et/ou humiliante. Et c’est vrai que ça a commencé tôt malgré que j’ai passé toute ma vie à essayer de dissimuler mon sexe pour me protéger.
    J’espère juste apprendre à Lucie à être moins timorée et savoir humilier en retour les connards qui se permettent de faire ça.

    1. Et j’espère apprendre exactement la même chose à ma fille 🙂
      Franchement, j’ai toujours tout fait pour ne pas me faire remarquer à l’extérieur, globalement on dit souvent que je suis très froide au premier abord, donc c’est que ça ne freine pas tout le monde…

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