Ils s’appelaient Pierre et Mayinga

inondations toulon var

On comprend que nous ne sommes que peu de choses lorsque l’irréparable se produit. Comment imaginer qu’en allant à l’université un beau matin, qu’une tempête s’abattrait et emporterait avec elle, deux pauvres étudiants ?

Ils s’appelaient Pierre et Mayinga, ils avaient respectivement 22 et 26 ans. Ils étudiaient à l’Université du Sud Toulon Var, précisément en Sciences de l’Information et de la Communication. L’année venait tout juste de débuter et en Master 1, on commence tout juste à apprendre à connaître l’équipe avec laquelle on construira un projet pendant 6 longs mois.

Vers 15h ce vendredi 26 Octobre, ils ont voulu rentrer chez eux alors que l’Université était totalement inondée. Tellement inondée que le ruisseau qui la traverse s’était transformé en un véritable torrent. Près de là où Mayinga marchait pour rentrer chez elle, elle a posé le pied sur une plaque qui semblait solide et a été emportée par une buse non protégée par une grille. Elle a coulé sous les yeux de ses amies, et sous les yeux de Pierre qui depuis sa voiture, n’a pas hésité à venir lui porter secours. Il a plongé aussitôt dans la buse, espérant la sauver des eaux.

En l’espace de quelques minutes, quelques heures, toute l’université et tous les secours possibles se sont rendus aux alentours de la buse et ont cherché longuement les deux étudiants. Vers 20h, le corps de Mayinga, accroché dans le tuyau par son sac qu’elle portait au dos, a été retrouvé grâce à une camera qui a pu le localiser. A 23h, les recherches ont dû malheureusement s’arrêter, les espoirs s’amenuisaient par la force des choses. Elles ont repris vers 8h le lendemain matin, et vers 9h, le corps de Pierre a été repéré à plus d’1 km.

Partagée entre une immense peine et une colère qui bout en moi, je souhaite aujourd’hui leur rendre hommage, même si je ne les connaissais pas. Pourtant, je me sens si proche de ses deux jeunes partis trop tôt et de façon si injuste. La nuit du drame, je n’ai pu dormir sereinement. Je me suis réveillée en pensant à cette pauvre Mayinga et à ce pauvre Pierre qui gisait dans les eaux déchaînées. J’ai pensé à vos parents, à ceux de Mayinga qui avaient dû apprendre la triste nouvelle, à ceux de Pierre qui devaient prier très fort pour que leur fils soit retrouvé sain et sauf.

J’ai passé 7 ans de ma jeune vie sur ce campus, dont 5 à prendre exactement le même chemin que ce triste jour. Cette buse, on l’a toujours vue et on n’a jamais compris pourquoi elle n’était pas protégée. Une grille, ce n’était quand même pas grande chose, non ? Lors de violents orages, on a toujours eu peur de traverser le petit pont au-dessus du ruisseau, se disant qu’un jour quelqu’un pourrait tomber dedans. Et pourtant, jusqu’à ce vendredi, il n’y a jamais eu aucun accident. Aucun accident dans cette université qui accueille près de 10 000 étudiants. Il a fallu que cela tombe sur Pierre et Mayinga.

Toi Pierre, tu venais de Dijon, et la veille tu fêtais dignement tes 22 ans. Je crois que c’est dans ce cas présent que l’on peut dire que la vie est réellement injuste et cruelle. A 22 ans on ne peut pas partir avant ses parents, on ne peut pas mourir le lendemain de son anniversaire. C’est bien trop moche. Mais Pierre, tu nous a montré quel grand homme tu étais à ton si jeune âge. Quand tu as vu la détresse de tes camarades, tu n’as pas réfléchi une seule seconde et tu as sauté dans la buse pour venir secourir ton amie Mayinga. Une belle preuve d’amitié et de bravoure.

Cela aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous et je suis tout aussi bouleversée que des gens qui les auraient connus. J’espère que l’université prendra ses dispositions pour que plus jamais cela n’arrive. Aujourd’hui, deux étudiants ont été victimes de l’irresponsabilité de certains.

A toi Mayinga, à toi Pierre, je vous envoie toutes mes pensées et souhaite que vous reposiez en paix. Aucun étudiant ayant été inscrit dans cette université ne pourra jamais vous oublier. Je pense bien fort à vos amis et à vos familles et leur transmets mes plus sincères condoléances.

marmottine

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6 thoughts on “Ils s’appelaient Pierre et Mayinga

  1. Cette histoire m’a touchée. J’ai été très admirative envers Pierre qui n’a pas hésité à aller sauver Mayinga. Puis, à la fin du JT, j’ai appris la nouvelle : les deux corps ont été retrouvés, sans vie. La vie est moche parfois… Pensées aux familles.

    1. Merci pour ce texte merci pour vos commentaire. un ami d’enfance qui manque énormément. Nous sommes bouleversés à Dijon et personne ne se remet réellement de ce drame!…
      Votre soutient fait du bien quand… comme ce soir je pense à lui, à ce Héros, à Pierre.

      1. Merci pour ton commentaire Camille. Sache que sans les connaître, ce drame m’a énormément touchée et encore aujourd’hui, quand je repense à ce campus dans lequel j’ai passé un morceau de ma vie, j’ai toujours une pensée pour eux et pour le geste héroïque de Pierre. Beaucoup de courage à tout le monde.

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