Le harcèlement moral scolaire, je l’ai vécu

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Je n’en ai jamais vraiment parlé, ni autour de moi ni sur le blog. Du moins je n’ai jamais collé ce mot fort de sens sur ce que j’ai vécu lors de ma dernière année de collège. Je me permets d’en parler aujourd’hui à qui voudra bien me lire car un clip vidéo sur le harcèlement à l’école récolte de bien sévères critiques. Alors, certes, je trouve le spot pas très bien réalisé (ce que je peux lui reprocher, c’est d’être trop tourné vers un public d’enfants, et soyons honnêtes, il n’est pas réellement compréhensible pour un enfant), mais il pointe quelque chose de très grave et qui peut avoir de lourdes conséquences sur des enfants qui peuvent être plus faibles et plus touchés par les moqueries et les humiliations quotidiennes.

En ce qui me concerne, ce n’était pas à l’école mais au collège, j’avais entre 14 et 15 ans. Je faisais ma rentrée en 3ème et je n’ai hélas pas pu retrouver toutes mes copines dans ma classe. J’étais accompagnée de deux bons copains, et je me suis liée d’amitié avec une copine d’une de mes amies. L’année ne serait pas si mal après tout, je me disais. Solitaire de nature, je pouvais me retrouver toute seule, je n’en aurais pas éprouvé la moindre tristesse. Je pouvais donc débuter cette année charnière (orientation, brevet des collèges) du bon pied !

Je ne saurais pas trop t’expliquer comment ni pourquoi j’ai été prise pour cible, mais cela a été plutôt rapide. Ça a commencé par les petites moqueries, qu’elles soient sur mon apparence (mon physique ingrat d’adolescente), sur ma façon d’être (indépendante, dans ma bulle car en plein chagrin d’amour), puis ça a rapidement tourné sur tout ce que je pouvais dire ou faire. En gros, c’était une sorte de délit de sale gueule.

Mon quotidien est devenu un véritable enfer, et même les gens que j’appréciais, soit ils rigolaient sans penser à mal à ces railleries de bas-étage, soit ils n’osaient pas prendre ma défense. Je subissais les quolibets, les sobriquets, les insultes et les petites violences (les boules de papier, les sarbacanes). Mais les mots restent toujours les plus percutants.

Le pire, tu sais, c’est que ce harcèlement dont j’ai été victime, il n’était pas prémédité. Je veux dire, ces ados, ces petits cons comme je les appellerais 15 ans plus tard, ne voyaient pas le mal et ne pensaient pas me blesser au plus profond de mon être. Leur but n’était pas de me pousser à bout, ni même de me pourrir la vie. Ils se trouvaient juste « cool » , « amusants » , « forts » et surtout « dominants » . Et si tu penses que le caractère de l’enfant y est pour quelque chose, tu te trompes. J’ai toujours été très dure, mais quand tu as plusieurs personnes autour de toi qui te font comprendre que tu es une merde et que tu ne vaux rien, tu te remets en question et tu perds confiance en toi.

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Au départ, c’était des petites critiques sur ma façon de m’habiller, puis sur mon physique. En cours d’EPS, je recevais toujours un flot de critiques sur mes tenues, sur ma façon de faire ci ou ça. A 15 ans, j’avais une petite voix de crécelle (chose qui a bien évolué pendant des années de tabac). Je n’y pouvais rien, mais dès que j’ouvrais la bouche pour dire quelque chose, que ce soit en cours pour répondre à un professeur ou pour participer, on me taclait direct. C’était devenu leur jeu favori.

Le plus difficile, c’était de devoir monter au tableau pour répondre à un exercice… qui plus est dans une matière que je ne maîtrisais pas (les maths particulièrement). Soit j’entendais les critiques qui fusaient du fond de la salle, soit je me prenais des projectiles. Bref, je m’étais résignée à ne plus participer aux cours, ni à aller au tableau. Je voulais devenir invisible.

Dans les matières où j’excellais, c’était une toute autre mayonnaise : on m’accordait un certain respect pour obtenir mes faveurs…même si on venait de m’insulter dans le cours précédent. On faisait régner une sorte de pression sur mes épaules pour que je tâche d’aider toutes les mauvaises têtes qui le reste du temps me méprisaient. Evidemment, si je ne les aidais pas, une pluie de critiques et d’humiliations en tout genre s’abattait sur moi.

Fermement décidée à ne pas faire profiter ces gens-là de mes compétences ni même à les aider sous la contrainte, je redoublais d’efforts pour éviter de me retrouver dans de telles situations. En cours de Français, la professeure éliminait tout le monde à mes alentours puisqu’elle avait bien compris que j’étais précieuse pour certains le jour de la dictée (20/20 tout au long de l’année).

En Anglais, c’était encore pire. C’était devenu tellement pénible de devoir leur sauver les miches, que je me punissais toute seule d’être bonne élève (la meilleure pour cette matière) : je n’apprenais pas mes verbes irréguliers pour ne pas être en mesure de leur souffler la bonne réponse quand venait leur tour d’être interrogé à chacune des semaines. Quand cela venait à moi, soit je disais que je ne savais pas (ce que mon prof ne croyait pas) soit je faisais mine de répondre au pif. Lors des contrôles, évidemment, j’étais isolée au fin fond de la salle pour que l’on ne copie pas sur moi ni que l’on m’interpelle pour obtenir une réponse.

Un jour, la fille que je pensais être mon amie, m’a littéralement affichée. J’étais indisposée ce jour-là, et comme le font quasiment toutes les filles, on demande à nos amies de vérifier si nous n’avons pas de tâche à l’arrière. Manque de bol pour moi, mon vêtement avait des petits points rouges, mais cela n’avait rien à voir avec du sang. Qu’à cela ne tienne, elle a hurlé « mais tu as du sang je te dis, du sang de tes règles ! » . J’étais honteuse, humiliée et rabaissée.

Cela a duré pendant des mois, jusqu’à ce que deux personnes me fassent prendre conscience que cela ne pouvait plus durer et que je valais bien mieux que ces pauvres gens. Je ne voulais plus aller en cours, je séchais quasiment toute la journée et des semaines entières. Je racontais ce que je vivais à mes amis à l’extérieur, ils étaient sidérés. Comment pouvait-on me faire ça à moi ? Je n’embête personne, je suis gentille, dévouée et plutôt bonne amie. J’étais trop gentille, là était mon point faible, mon talon d’Achille. Je ne voulais plus subir ça, aller au collège était devenu une angoisse et croiser une de ces personnes une crainte.

Je t’ai dit que j’évitais par dessus tout d’aller au tableau en cours, eh bien un jour j’ai dû tenir tête à ma prof de maths pour ne pas y aller. Elle me l’a demandé 3 fois, quand je lui ai dit que je n’irai pas, elle m’a demandé mon carnet de correspondance pour en avertir ma famille et prendre les sanctions qui s’imposaient. A la fin du cours, elle me demande de rester. Certaines de mes copines (des vraies) se sont permises de me soutenir et de rester avec moi.

Je n’ai pas tenu très longtemps et ai fini par éclater en sanglots devant ma prof qui ne comprenait pas ce qu’il se passait. Elles ont dû lui expliquer pour moi ce que je vivais chaque jour : que j’étais le bouc-émissaire, que l’on me me méprisait, que l’on m’humiliait. Elle était révoltée et tellement triste pour moi. Elle m’a dit de ne pas me laisser faire et que si à l’avenir elle devait entendre quoi que ce soit à mon sujet, elle ne manquerait pas d’intervenir. Elle m’a assuré que je valais nettement mieux et que contrairement à ces personnes, elle ne se souciait pas pour mon avenir.

La seconde personne, c’est ma mère. Elle savait que je n’allais plus en cours, que je passais mes journées devant le portail et elle pétait un câble. Un midi, alors qu’elle venait nous chercher avec mon frère pour rentrer manger à la maison, j’ai fini par lui expliquer ce qu’il m’arrivait. Elle ne s’est pas apitoyée sur mon sort, elle m’a dit clairement « tu te laisses persécuter par des petits merdeux que si tu les pousses tu les fais tomber ? tu es sérieuse ? ces petits cons ont le dessus sur toi ? toi qui es forte, qui a du caractère, qui ne te laisses pas faire ? mais tu vas retourner fissa en cours et tu vas leur montrer de quoi tu es capable ! » . Depuis ce jour, j’ai mis de côté ma tristesse et mes craintes : je les ai affrontés jusqu’à la fin de l’année.

J’ai fait abstraction de leurs moqueries et comme on le dit si bien : « le silence est l’expression la plus parfaite du mépris » .

Aujourd’hui, de tous, je m’en suis le mieux sortie et j’en suis plus que fière. Il reste des blessures et je pense qu’elles ne s’en iront jamais. Certains de mes amis de l’époque le savent ou en ont pris conscience très tard, des années plus tard. Personne n’avait idée de ce que j’endurais puisque je n’en parlais pas et que quand on ne pose pas des mots sur ce que l’on vit, on ne matérialise pas les choses. C’est un défaut, et je le reconnais.

Cette année a été la pire de toute ma jeune vie, c’est d’ailleurs la seule année où j’ai refusé d’acheter la photo de classe. Inconsciemment, je voulais me convaincre que cela n’avait pas existé. Et pour que ça me touche encore 15 ans après, c’est que la plaie n’est pas refermée. Maman depuis peu d’une petite fille, j’espère vivement qu’elle ne subira jamais cela et je ferai en sorte d’être très attentive à certains signes. Suite à cela, j’ai toujours eu à cœur de ne jamais me moquer ni humilier qui que ce soit, et mieux, de prendre la défense de quelqu’un qui serait pris pour cible.

Enfin, si je peux donner un conseil à un parent ou à un adolescent, c’est de ne jamais se laisser faire. Etre gentil ne veut pas dire que l’on doit se faire marcher sur les pieds, personne n’a le droit de nous manquer de respect ni de nous maltraiter moralement en public.

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2 thoughts on “Le harcèlement moral scolaire, je l’ai vécu

  1. Ton article m’a beaucoup touché. Je n’ai pas été clairement victime de harcèlement, mais plutôt d’ignorance, on m’a complètement laissée à l’abandon. Ce qui me sidère c’est que, personne du personnel du collège ne voit jamais rien, pourtant les mots ça s’entend, les boulettes de papier ça se voit, etc. J’ai gardé depuis mes années collège, une certaine rancoeur contre tous ces adultes qui n’ouvrent pas les yeux, pourtant ce sont eux les premiers à avoir les yeux sur la situation!
    En tout cas, ton récit se finit bien et ça, ça fait du bien 🙂

    1. Merci de l’avoir lu car il était long !
      Tu vois, je n’ai jamais vu les choses de ce côté car je n’attendais pas d’aide des adultes. Je n’attendais aucune aide en fait. C’est difficile à expliquer, mais comme je ne comprenais pas pourquoi on me faisait ça, il était difficile d’y trouver une solution…

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