Les fameuses mission salade & mission étendoir

 

On était des ados, et les ados, en général, c’est très con. C’est grave car un ado, c’est bientôt un adulte qui aura le droit de voter, et c’est con. Bref, on avait donc à peu près 17 ans et on se croyait les rois du monde. On passait nos soirées à rêvasser sur un muret entourés de scooters et de fumée d’herbe. C’était pas très stimulant jusqu’au jour où une amie nous a raconté l’histoire de la fameuse mission salade.

La mission salade, c’était une mission improvisée et sans grande gloire. Elle était avec un ami à attendre un autre collègue de notre quartier. Elle s’asseoit par terre et observe le jardin d’un voisin. C’est là qu’elle y trouve un potager avec de belles salades. Va savoir ce qui lui a pris quand elle a décidé d’en piquer pour les rapporter à sa mère. Bah oui, tu comprends, y’en avait assez pour lui en taxer deux ou trois. C’est évident !

Ils s’introduisent donc dans le potager pour déterrer quelques salades. Fiers de leurs « trophées« , ils commencent à rebrousser chemin quand ils entendent du bruit. C’est le voisin. S’en suit une mission pour sortir du potager et courir aussi vite qu’ils peuvent avec les salades sous le bras. Le type commence à les poursuivre dans le quartier. Ils courent jusqu’à un gros tas de sable pour se cacher, tremblant de peur et faisant en sorte de ne pas respirer trop fort ni de faire trop de bruit. Ils l’entendent s’approcher d’eux puis repartir. La voie est libre.

Une fois son anecdote finie et après avoir bien rigolé sur leur débilité profonde, ils nous vint une idée : ce soir, nous remettons au goût du jour, la mission salade. Tu l’auras compris, l’idée n’était guère fameuse. Surtout que cette mission salade n’avait pas pour but de voler des salades mais bien pire : s’introduire dans des jardins voisins pour dérober des vêtements sur des étendoirs. Une mission étendoir ! Pourquoi faisait-on ça ? Je l’ignore. J’ai jamais aimé voler les gens pourtant.

Le soir arrive, et nous nous retrouvons à notre incontournable muret, tous vêtus de couleurs sombres. A la base, c’était une mission en petit comité, et ça s’est avéré être une véritable opération commando. 13 personnes au total ! T’imagines bien que nous ne passions pas inaperçus avec nos tenues sombres ! On devait être discrets, c’était tout le contraire : ça hurlait de rire, on marchait impunément dans les ruelles du quartier, on indiquait aux gens leur chemin etc. Un beau bordel cette mission étendoir. On recadre tout le monde et on continue de marcher jusqu’à ce que la nuit tombe complètement.

Quatre de mes amis décident de grimper sur la terrasse d’une belle barraque. Jt’explique la situation : quatre mecs en train de marcher tranquillement sur une terrasse pendant que juste à côté, derrière une baie vitrée, une famille regarde la tv dans le salon. L’image est sensationnelle et je m’en rappelle comme si c’était hier…

Au même moment, le frère de mon amie (celle qui a volé les salades) demande après le plus jeune de notre bande. Il a trouvé une caravane sur un parking et souhaite y entrer. Le gamin étant tout menu devrait pouvoir rentrer par la fenêtre, que le frangin a réussi à ouvrir, et ainsi déverrouiller la porte. Manque de bol, le gamin est en train de faucher des trucs sur l’étendoir de la maison voisine. Qu’à cela ne tienne ! On appelle la gamine du groupe. Même gabarit et disponible. On lui dit de ne faire strictement aucun bruit car il y a des maisons tout autour et que nous ne devons pas nous faire remarquer. Penses-tu ! La gamine entre et commence à se cogner de partout. On se dit qu’on va se faire choper et on s’éloigne un peu de la caravane. Elle trouve finalement la lumière et ouvre la porte.

Ca tourne donc en mission caravane

Les garçons redescendent de la maison avec un butin plus que maigre. Ils entrent tous dans la caravane et ça devient Beyrouth à l’intérieur. Au sens propre, tu vas comprendre.

Il commence à y avoir trop de bruit malgré nos avertissements, nous décidons, mon amie et ma cousine, de déguerpir rapidement. On est à présent assez loin de la caravane quand on entend de l’agitation tout autour. Soudain, un coup de feu éclate, une voiture démarre.

Prises de paniques, nous nous mettons à courir sans savoir où aller pour être en sécurité. C’est dans ces conditions que tu te sens aussi puissant qu’un Usain Bolt ou Flash Gordon. Tu cours, tu cours, tu oublies même qu’il faut inspirer puis respirer. T’as juste la trouille alors tu continues de courir.

On s’arrête un peu plus loin et on voit au loin les garçons qui arrivent dans notre direction. Mon amie s’emballe : « Y’en a un qui est blessé ! Jte le dis ! Regarde, regarde ! Ils se tiennent tous les uns contre les autres !« . J’essaye de la rassurer du mieux que je peux alors que j’ai une qu’une envie c’est me tailler d’ici.

Les garçons n’ont pas une égratignure et nous emboitent le pas. Ils nous expliquent qu’il ne faut pas rester là et que l’on doit se grouiller. On arrive à un embranchement, on entend une voiture approcher, mission dispersion : tout le monde saute là où il peut se cacher. Je me jette dans un buisson comme une grosse merde, je tombe sur la hanche mais ne dis rien. Je reste plantée là pendant 15 bonnes minutes à souffrir le martyre. On finit par tous sortir de nos cachettes.

Trois de mes amis ont sauté par dessus une barrière et ont atterri dans un arbre qui leur a, on peut dire, sauvé la vie car ils ont pu s’accrocher à ses branches plutôt que de tomber dans le vide… On leur demande enfin ce qu’il s’est passé dans cette fichue caravane. C’est le gamin qui s’énerve et nous raconte : il y avait un flingue dans la boite à gants et le petit caid de la bande s’est senti pousser des ailes genre « Passe moi le flingue ! Je veux tirer, je veux tirer ! Pan ! ». Ils ont essayer de l’en empêcher car je te rappelle que nous devions être DISCRETS !

Bref, le con a tiré dans le toit de la caravane et ils sont tous sortis comme un troupeau de moutons en entendant une voiture démarrer. Mais cette voiture nous inquiétait car on pensait que le propriétaire était à nos trousses. On se remet alors en chemin pour visiter d’autres ruelles quand je prends l’étrange décision de nous compter. Tu te souviens, on était 13 gros cons habillés en noir. Ouais, bah là, on était plus que 12.

J’alerte tout le monde que quelqu’un manque à l’appel. Impossible de savoir qui. Et c’est au bout de 10 minutes, quand on a entendu des pleurs et des renifflements, qu’on a compris qui était le pion manquant et qu’on a surtout eu très honte d’avoir oublié…la gamine…dans la caravane ! Elle était restée dedans sans réellement savoir ce qu’il s’était passé, ayant entendu le tir et tout le remue-ménage. Elle ne disait pas un mot et ne faisait que pleurer. On se sentait le cul merdeux…

Résultat : elle nous en a voulu pendant un bon moment et doit encore nous en vouloir, mon amie en a été malade comme un chien à cause des remords et l’arme a été cachée car tu comprends, y’avait des empreintes dessus !

Les missions salade, étendoir et caravane ont commencé et terminé ce même soir.

Donc, je te disais, quand on est ado, on est con mais alors con à un point…Tellement con qu’on en rigole encore…

Les fameuses mission salade & mission étendoir
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